Ce qui pousse le long du chemin après maintes jachères et après maints labours
sur la terre qui s’enfriche s’embroussaille pêle-mêle
sont entre autres herbes mauvaises (ainsi dit-on)
de biens jolis chardons
certains sont violets et des flocons de laine s’y sont accrochés
quelques moutons sans doute seront passés
cela rappelle qu’autrefois on frottait les toisons aux bouquets de chardons
d’autres chardons forment eux de petits cabarets où boivent les oiseaux
Ce qui pousse le long du terrain vague et touffu a son ordre propre ou son propre désordre
ce sont des herbes folles qui poussent çà et là à l’aune de leurs caprices qui ne sont pas futiles
Puis un âne passe – c’est à peine s’il dit son nom – il aime les chardons
c’est là sa gourmandise
et ainsi il défriche
éclairant d’un sabot lyrique le chemin des broussailles
Ce qui pousse sur le chemin sous les assauts des pas du marcheur qui regarde devant
sont des plantes qui ne poussent pas vraiment
des plantes qui n’ont pas le loisir – d’aucuns diraient qui ne font pas l’effort – d’aller accrocher leurs fleurs à une tige
elles font profil bas
c’est là leur résistance
et tandis que leurs feuilles plus ou moins larges grandies du même point sont broutées piétinées arrachées
elles protègent en ce point même – en leur cœur dirait-on – leurs bourgeons
ainsi sont-elles nommées rosettes en raison du cercle formé de feuilles étalées à partir du collet
Ce qui pousse le long du chemin pousse sans enthousiasme
mais non sans le secours d’une forme de certitude patiente et comme résignée
oui une certitude sans sceau ni cachet
Ce qui pousse le long du chemin c’est parfois cela qui n’ose plus se dire
cardé aux bouquets de chardons puis vrillé et filé
sans même que l’on entende le mouvement d’un rouet
Ce qui pousse le long du chemin
sont renouées d’oiseaux
qui viennent aux lèvres et se posent
sur des ivraies vivaces qui font tourner la tête
à des chardonnerets qui parlent en sanscrit
et passent à tire d’aile paksha paksha paksha devant le marcheur fatigué et fidèle.
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