Ce qui tremble le long du chemin

est le souvenir
comme l’avenir
de ce qui fut accordé
si merveilleusement

accordé

*

aucun des oiseaux
ne dira à voix haute
sa singulière note
à moins de l’épeler
et d’en faire tomber
une à une
la voyelle
sur la page
pélerine

*

ce qui tremble
le long du chemin que tu n’empruntes plus
dans la petite sente des lauriers coupés
tout près des romarins où ton ombre respire
est ce jour de septembre
si tremblant
enceint de ton expire

*


ce qui tremble le long du chemin
remue la nuit où des mains tombent

échues


des feuilles babillonnent
sans heurt

l’oiseau sombre
si loin si lent
silencieux

puis le matin et des mains qu’on espère

nouvelles

Ce qui pousse le long du chemin


sont des platanes qui s’alignent et fuient vers
ils forment l’allée centrale d’un lieu dont j’ai perdu le nom
ce n’est pas la route des platanes
que nous traversions en Citroën LN pour aller à la plage
ce n’est pas non plus celle que nous montions à l’entrée du village
c’est une autre allée au chemin de graviers
que l’écriture emprunte comme chemin de mémoire
les platanes font signe
sur leurs troncs qui dessinent le temps en abandons successifs
quand tombent
les plaques les plus sombres
ce qui pousse le long du chemin
de ce chemin précis
est quelque part en moi derrière ou devant moi
réminiscence ou prescience
l’écorce qui tombe est passé avenir

Ce qui pousse le long du chemin…

d’une île que la vacance a choisie écossaise
tandis qu’on la monte vers son point culminant
après des sentiers forestiers qui serpentent
des landes de bruyère qui jouent avec le ciel
après que sont passés
l’adolescent assoiffé de sommets
la femme de trente ans le joli couple anglais avec porte bébé
un homme en descente heureux de gravité
de belles quadrupèdes jouant en pente raide de bâtons télescopes
et l’homme régulier
ce qui pousse le long du chemin
après rivières et ruisseaux et filaments d’eau claire
sont des pierres et des pierres
des roches repoussant les sommets
des morceaux de granit qui chantent en gaélique
puis se taisent
à l’entrée des pierriers sommitaux
versants nappés d’éboulis
que l’on gravit
dans le souffle le silence et la mémoire
de l’impossible révolte du marcheur obligé.

Ce qui pousse le long du chemin…